Bouvard & Pécuchet et les chiffres astronomiques

On continue le feuilleton Bouvard & Co (après épisodes 1 & 2), feuilleton quotidien et sans prétention mais divertissant j’espère. Comme Gustave, j’ai toujours été frappé par l’extase dans laquelle les grands chiffres inaccessibles, les « chiffres astronomiques » justement, plongent certains, et surtout la façon dont certains auteurs usent et abusent de cela (pour rester dans le XIX° siècle citons Flammarion ; mais c’est aussi valable pour les chiffres nanoscopiques des nanosciences du XX°). Voici l’extase de Bouvard & Pécuchet et sa chute :

Une zone de poussière lumineuse, allant du septentrion au midi, se bifurquait au dessus de leurs têtes. Il y avait entre ces clartés de grands espaces vides, et le firmament semblait une mer d’azur, avec des archipels et des îlots.

— Quelle quantité ! s’écria Bouvard. — Nous ne voyons pas tout ! reprit Pécuchet. Derrière la voie lactée, ce sont les nébuleuses ; au delà des nébuleuses, des étoiles encore : la plus voisine est séparée de nous par trois cents billions de myriamètres.

Il avait regardé souvent dans le télescope de la place Vendôme et se rappelait les chiffres.

— Le Soleil est un million de fois plus gros que la Terre, Sirius a douze fois la grandeur du Soleil, des comètes mesurent trente-quatre millions de lieues ! — C’est à rendre fou, dit Bouvard.

Il déplora son ignorance, et même regrettait de n’avoir pas été, dans sa jeunesse, à l’École Polytechnique.