Les grandes écoles et la science


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Pierre Veltz, ancien directeur de l’Ecole des Ponts, nous livre une petite analyse sur les grandes écoles françaises.
L’idée principale est que les grandes écoles, qui ont un enseignement très généraliste, ne contribuent pas au développement scientifique et technologique du pays autant qu’elles le pourraient et devraient. Comme Laurent Schwartz le déplorait dès 1983, les jeunes les plus doués pour la science et la technologie en sont massivement détournés… Ils sont aspirés par des carrières de management sans qu’à aucun moment dans leur enseignement en grande école l’esprit de la recherche ou l’esprit de création leur aient été insufflés.

 

Du point de vue du recrutement en entreprise, la conséquence en est le cercle vicieux suivant : non-valorisation du titre de docteur dans nos entreprises <—> prééminence du recrutement dans les grandes écoles pour des carrières généralistes.

Du point de vue de l’enseignement secondaire, la conséquence en est le paradoxe suivant, que nous citons :  » Le paradoxe du système français est donc à la fois d’obliger à des choix très précoces, entre la filière scientifique et la filière littéraire (dès la classe de seconde), entre la filière scientifique et la filière management (dès le bac), et en même temps de repousser le plus tard possible les choix concrets engageant vraiment la personnalité et les motivations ». Apparaît une division entre un corps scientifique et un corps « lettré », dépourvu des notions élémentaires de la science moderne.

Du point de vue de l’économie elle-même, la conséquence en est critique pour notre pays : car dans l’économie de la connaissance dans laquelle nos entreprises sont impliquées, de plus en plus les techniques industrielles touchent à des process élémentaires décrits par les sciences fondamentales. Par ailleurs, les percées scientifiques ou techniques sont à présent « diagonales » (informatique, biologie), alors que l’enseignement généraliste des grandes écoles s’est très peu adapté à l’interdisciplinarité.

En réaffirmant l’importance des grandes écoles, l’auteur conclut en préconisant leur réforme (par exemple le regroupement Mines-Ponts), à mener en parallèle de la réforme de l’université (mais sans fondre les unes dans l’autre).

A.M.
 
PS1: Page 108, vous découvrirez une savoureuse citation de Tocqueville appliquée au Corps des mines, qui fait dire à l’auteur à juste titre: « Oui à l’élitisme, non au micro élitisme ».
PS2: Certaines de ces idées (lien croissant entre économie et science fondamentale, nécessité d’une culture scientifique pour le « corps lettré ») rejoignent certaines idées que j’ai formulées dans mon article dans Réalités Industrielles (Annales des Mines) de mai 2007.
PS 3: P. Veltz, à l’appui de son raisonnement, aurait pu parler de la formation des « corpsards » dans les grandes écoles (dites du premier rang), très éloignée de la science. J’en profite pour publier ici une note que j’avais faite il y a cinq ans au Ministère de la Recherche sur le thème « Corps des Mines et science ».


Complément du 8 décembre 2007:  une remarquable tribune de P. Mahrer, Ecole des Ponts et chaussées, dans Les Echos du 5 décembre 2007. Fort de son expérience de centaines d’entretiens de recrutement en Chine, il nous explique dans un style très châtié l’importance démesurée accordée au « classement de Shanghaï » en France … A lire.

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